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En quoi la transition vers le véhicule électrique est-elle réellement bénéfique pour le climat ?
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La filière des déchets 1 est en mutation. Le cadre légal, les évolutions technologiques, les choix d’investissements, etc. devraient se traduire par une augmentation du nombre d’emplois et par la montée en compétences des métiers. L’alliance d’activités techniques (automatisées, numérisées) et d’activités manuelles (conduite d’engins, tri manuel et démantèlement des déchets) reste d’actualité, mais divers besoins se dessinent : outiller la formation initiale, adapter la formation continue, améliorer l’image de la filière, renforcer l’ensemble de la filière pour asseoir son rôle dans la transition écologique.
1 Cette fiche s’appuie sur des études qui n’ont pas toutes le même périmètre d’observation. Les sources sélectionnées abordent l’économie verte (Eurostat, Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte ou Onemev), la filière transformation et valorisation des déchets (France Stratégie-Céreq) ou encore l’économie circulaire (France Stratégie, Ademe).
Profils des salariés en 2015 (Dares, cité dans France Stratégie-Céreq)
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Selon les données du Ministère de la transition écologique et solidaire 2, l’emploi dans les activités de la gestion des déchets
et de la récupération 3 s’élève à environ 110 000 salariés équivalents temps plein en 2016 (soit environ un quart des emplois du secteur de l’environnement), dont 85 000 pour les activités de gestion des déchets non radioactifs (collecte/récupération/ traitement). Ces salariés sont employés dans les entreprises de 4 branches professionnelles (industries et commerces de la récupération, activités du déchet, assainissement et maintenance industrielle, équipements thermiques), mais aussi dans d’autres branches ou secteurs d’activités (industrie manufacturière, travaux publics, construction, collectivités publiques).
Selon l’Onemev, les activités de l’économie verte 4 représentaient en 2016 près de 900 000 emplois équivalents temps plein, répartis dans les mêmes proportions entre les éco-activités et les activités périphériques. L’emploi de l’économie verte a progressé de 5,2 % entre 2004 et 2016.
Les effectifs de l’économie circulaire 5 sont évalués à près de 800 000 emplois équivalents temps plein (2014), soit plus de 3 % de l’emploi global (France Stratégie) : plus de la moitié est employée par les éco-activités, le reste par la réparation, la location et le marché de l’occasion.
Ces dernières activités sont en pleine recomposition : montée de l’usage au détriment de la possession, diversification des acteurs historiques, nouveaux acteurs, plateformes numériques... Ce paysage mouvant complique le suivi des emplois, mais les études s’accordent à dire que la transition vers une économie circulaire sera créatrice d’emplois : 300 000 emplois supplémentaires en France à l’horizon 2030 (Ministère de la transition écologique, Ademe). Il s’agit pour l’essentiel d’emplois locaux, pérennes et non délocalisables et certains restent à inventer. Les études estiment un bénéfice net d’emplois malgré la disparition d’emplois dans des secteurs dépendant des énergies fossiles.
2 Citées dans France Stratégie-Céreq
3 La filière transformation et valorisation des déchets fait référence à la définition du Conseil national de l’industrie qui englobe les activités et métiers de la collecte et du transport des déchets, les activités du tri et de la préparation des déchets et les activités de valorisation matière ou énergétique.
4 Les activités de l’économie verte renvoient aux biens et services environnementaux (« éco-activités », dont la gestion des déchets) et les activités périphériques qui favorisent une meilleure qualité environnementale (ex. comptable pour une éco-activité). Les métiers de l’économie verte désignent des postes à finalité environnementale (« métier vert ») ou dont le contenu évolue pour intégrer les enjeux environnementaux (« métier verdissant »).
5 L’économie circulaire n’a pas de périmètre stabilisé mais vise globalement à « dépasser le modèle économique linéaire (…) en appelant à une consommation sobre et responsable des ressources naturelles et des matières premières primaires ». Elle englobe a minima les éco-activités.
Les facteurs favorables au développement des emplois
Le développement et la recomposition des emplois et métiers de la filière transformation et valorisation des déchets sont portés par plusieurs facteurs favorables (France Stratégie) :
6 La loi du 18 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire crée de nouvelles filières à REP et étend le périmètre des filières existantes.
Le marché du travail de l’économie verte vu par Pôle emploi (2018)
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Les facteurs d’incertitudes sont à prendre en compte
Les métiers en croissance : recrutement et évolution
L’anticipation de l’évolution des métiers est un exercice délicat car liée à des facteurs d’ordre économique, technologique, juridique, sociétal et dépendant de la mise en œuvre locale de la « feuille de route pour l’économie circulaire » 7. Néanmoins, on peut d’ores et déjà noter quelques métiers en croissance :
Quant aux métiers de la collecte et du tri des déchets (équipier de collecte, agent de tri, chauffeur), ils sont amenés à se transformer avec la professionnalisation et l’industrialisation de la filière. Ceci risque d’accentuer les difficultés de recrutement, déjà présentes en raison des représentations négatives qui peinent à s’actualiser (ex. ouvrier travaillant à la chaîne dans des conditions pénibles), du niveau de qualification des candidats et de la concurrence d’autres secteurs (ex. transport).
7 Nous nous appuierons essentiellement sur les travaux du groupe de travail compétences-formation du Ministère de la transition écologique, de France Stratégie-Céreq et du Pôle Interministériel de Prospective et d’Anticipation des Mutations économiques (Pipame).
Les métiers émergents (ou ré-émergents)
Les métiers d’avenir
Enfin, le groupe de travail de France Stratégie s’est prêté à l’exercice prospectif d’identifier les métiers d’avenir :
L’émergence de métiers, majoritairement plus qualifiés, est attendue dans les champs des études et de la recherche, de la conception et de l’ingénierie, des fonctions technico-commerciales, des diagnostiqueurs déchets, etc. Mais c’est surtout le besoin de montée en compétences des salariés qui se fait déjà sentir et devrait se prolonger en raison de la diversification des flux de déchets et des technologies permettant leur traitement différencié et de la progression de l’économie circulaire (France Stratégie-Céreq ; Onemev).
À court terme, accompagner la transformation des emplois des activités de collecte et de tri des déchets ménagers et faire évoluer la culture professionnelle
Le devenir des personnes concernées est un enjeu humain et social partagé entre les collectivités locales chargées de la planification et de la gestion des déchets, les entreprises prestataires et les entreprises d’insertion en- gagées dans cette filière.
D’ici cinq ans, un accompagnement social est préparé pour les salariés (16 000 chez Veolia) sur le secteur de la collecte, en perte de vitesse et sur un marché qui se segmente. – Pipame
Les besoins sont divers :
L’enjeu porte aussi sur la culture professionnelle. Considérer le déchet comme un produit ayant de la valeur n’est pas encore une représentation partagée par l’ensemble des salariés.
Cette évolution permettrait pourtant de donner plus de sens aux métiers, d’accompagner le développement de nouvelles compétences, de développer l’attachement au secteur d’activité.
« Il s’agit de faire prendre conscience aux travailleurs de leur contribution concrète et des effets de leurs actions dans le cycle de vie plus large du produit et de la préservation des ressources. Les salariés doivent mieux se représenter la place qu’ils occupent et se penser comme autant de chaînons décisifs dans le procédé de valorisation des déchets» (France Stratégie). L’image de la filière auprès des acteurs intermédiaires (conseiller d’orientation, Pôle Emploi, entreprise d’insertion…) doit elle-aussi évoluer favorablement.
À moyen terme, organiser la montée en compétences et moderniser l’organisation du travail
Le professionnalisation et l’industrialisation de la filière impliquent plus de compétences tech- niques, de polyvalence, etc. Ces évolutions des métiers invitent à :
La formation initiale dans le domaine du recyclage n’est pas très développée sur le territoire […] Le nombre de formation proposées est faible comparé aux besoins des personnes peu qualifiées employées sur le secteur et à la diversité des métiers. – PRPGD
Gestion de la pénibilité : créer un parcours de formation des salariés et dirigeants des entreprises du recyclage C’est un des enjeux pointés par le PRPGD qui rappelle notamment les difficultés des PME du recyclage à engager des reconversions, pourvoir aux remplacements. Il concerne les dirigeants comme les collaborateurs et implique une réflexion sur l’organisation du travail (« la prévention n’est pas qu’une question d’outils »). |
Sur le long terme, « consolider » la filière économique pour généraliser le modèle d’économie circulaire
Si l’État, les collectivités et les entreprises doivent investir dans les équipements et installations nécessaires au développement de l’économie circulaire, les études prospectives consultées appellent aussi à :
Circulariser l’économie suppose en effet une transformation de nos manières de produire et de consommer, ce qui affecte l’ensemble des secteurs économiques :
La collectivité doit à la fois accompagner la recomposition de la filière en termes d’emplois et de compétences et « voir plus large et plus loin» en faisant les choix adéquats pour répondre aux enjeux environnementaux et circulariser l’économie sur son territoire. La progression de l’économie circulaire, planifiée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, implique la mobilisation de nombreux acteurs et la mise en synergie des actions.
↪ La Métropole est-elle prête à s’engager dans une démarche « administration exemplaire » ? Soutenir l’économie circulaire via des financements dédiés ? Renforcer les synergies entre entreprises (écologie industrielle et territoriale) ? Mobiliser sa communauté scientifique sur ce sujet ?
Métiers de l’univers des déchets : quelles évolutions ?
Les études prospectives s’entendent sur le développement et la recomposition des emplois et métiers liés aux déchets. Plusieurs indicateurs semblent au vert : l’environnement réglementaire et légal, la spécialisation croissante des activités de collecte, de récupération et de traitement des déchets, l’opportunité de nouveaux marchés, la prise en compte croissante du sujet dans le débat public, etc.
Ces évolutions devraient se traduire notamment par une technicisation des métiers et par l’émergence de métiers de proximité sur les champs de la prévention, de la médiation, de la formation et de la communication, et de métiers concernant l’écoconception, le réemploi et la réparation. Les principaux enjeux se situent dans la capacité de la filière à accompagner la transformation des métiers de la collecte et du tri des déchets, à organiser la montée en compétences des salariés et à faire évoluer l’offre de formation et la culture professionnelle. L’ampleur des changements dépendra d’une part de la progression de l’économie circulaire, et d’autre part, de l’accompagnement de la collectivité à la recomposition de la filière.
Sources
Article
En quoi la transition vers le véhicule électrique est-elle réellement bénéfique pour le climat ?
Interview de Jean-Philippe Hermine
directeur général de l’Institut Mobilités en Transition (IMT)
Interview de Isabelle Vauglin
astrophysicienne au CNRS
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