La stratégie fondamentale de lutte antivectorielle repose sur un principe simple, mais terriblement efficace. Il s’agit de neutraliser les gîtes des larves, avant même l’émergence des moustiques adultes. Cette approche est particulièrement adaptée contre le moustique tigre, qui se développe dans chaque petit réceptacle d’eau stagnante : les coupelles sous les pots de fleurs, les bidons de collecte d’eau, les gouttières obstruées, les pneus usagés, les bâches mal tendues, voire les jouets d’enfant oubliés dans le jardin… Quelques millilitres d’eau suffisent. Chacun d’entre nous peut donc contribuer à cette action collective en évitant de laisser traîner tous ces récipients, qui sont autant de micro-gîtes pour les moustiques tigres à supprimer !
Contre les moustiques se développant dans les zones humides, cette stratégie ne fonctionne pas parce que ces insectes privilégient les grandes étendues d’eau. La suppression des gîtes larvaires signifierait donc d’assécher les marais, les étangs, les fossés et tout autre gîte structurel. Cela n’est absolument pas souhaitable, considérant leurs fonctions écologiques indispensables, en tant que réservoirs de biodiversité ou régulateurs de crues.
Afin de contrôler ces espèces de moustiques, il n’y a donc pour l’instant pas d’alternative au traitement larvicide ciblé que l’on va épandre dans ces vastes zones humides. Concernant les espèces se développant en zone urbaine, nous nous concentrons particulièrement sur toutes les infrastructures urbaines où l’eau peut s’accumuler durablement, c’est-à-dire les avaloirs d’eaux pluviales, les bassins d’orage, les piscines mal entretenues, les fontaines ornementales…
À l’EIRAD, nous utilisons un larvicide d’origine biologique, à base de Bacillus thuringiensis israelensis (BTI). Très sélectif, il est sans danger pour l’humain, les mammifères, les oiseaux, les poissons, les abeilles aussi, ou encore plus largement l’environnement. Il produit des toxines qui ne s’en prennent qu’aux larves de moustiques et empêchent leur développement.
J’évoquerais aussi la possible utilisation de prédateurs naturels, comme des poissons ou des crustacés mangeurs de larves, mais c’est en zone intertropicale. Ici, sous nos latitudes tempérées, l’introduction de ces animaux exotiques est plus délicate, avec un risque de perturbation des équilibres locaux. Certains prédateurs autochtones — libellules ou dytiques — jouent naturellement ce rôle de régulation dans les mares et étangs, mais leur utilisation est impossible à mettre en œuvre dans un cadre opérationnel de lutte à grande échelle.
Il existe aussi des techniques de piégeage des moustiques, dont celles utilisant du CO2, qui les attire en imitant la respiration humaine. Ces pièges sont plutôt efficaces, à condition de les déployer de manière raisonnée après avoir éliminé au préalable un maximum de gîtes larvaires.
Parlons également des traitements visant les moustiques adultes. Là, on a des substances chimiques actives qui ne sont pas sélectives et qui peuvent avoir un impact sur les autres insectes de la zone concernée. Ces traitements sont donc utilisés avec parcimonie, en suivant des protocoles stricts sur des périmètres limités.
Pour être complet, il convient de mentionner les recherches actuelles sur des approches assez prometteuses : les techniques de l’insecte stérile avec des moustiques mâles stériles, de l’insecte de remplacement avec des moustiques génétiquement modifiés incapables de transmettre les virus, ou encore de l’insecte incompatible avec l’utilisation de la bactérie Wolbachia, qui réduit la capacité vectorielle des moustiques.
Ces méthodes, encore au stade expérimental, ont été évaluées par l’Agence nationale de Sécurité sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) et les conclusions sont plutôt nuancées. Des trois techniques étudiées, celle de l’insecte de remplacement serait la seule à présenter des preuves de son efficacité avérée contre la transmission de la dengue, et possible contre le chikungunya. Il manque encore des données pour confirmer l’intérêt réel de ces approches.