La performance, c’est la somme de l’efficacité et de l’efficience. L’efficacité consiste à atteindre son objectif, et l’efficience à le faire avec le moins de moyens possible. Donc quand on est performant, on atteint son objectif avec le moins de moyens possible. En gros, la performance revient à s’enfermer dans une voie étroite, c’est une forme de canalisation. Comme le dit l’adage zen, « celui qui a atteint son objectif a raté tous les autres ». La performance, c’est l’illusion de pouvoir tout contrôler. Par exemple, quand on se donne un objectif de performance sportive, on peut être amené à s’épuiser au-delà du raisonnable, à se blesser, voire à se doper.
La robustesse, c’est maintenir le système stable malgré les fluctuations, à court terme et à plus long terme. Cela implique d’avoir des plans B, de la redondance, une grande diversité d’options. C’est aussi l’expérimentation sans objectif (la recherche et l’innovation non dirigée). La robustesse est la seule réponse opérationnelle à un monde fluctuant. C’est l’adaptabilité pour pouvoir gérer des fluctuations, donc trouver des chemins de traverse, explorer, expérimenter, diversifier. C’est le contraire de la rigidité.
La robustesse, ce n’est pas non plus de l’agilité, qui revient à slalomer entre les risques. On est tellement intoxiqué par la performance qu’on a du mal à distinguer les choses. Parfois, on pensera choisir la solution performante (par exemple, choisir des panneaux solaires optimisés et performants), alors qu’on a fait de la robustesse (diversifier les sources d’énergie en ajoutant aux panneaux solaires, d’autres moyens si possible réparables par des collectifs locaux).
Pour le dire simplement, le monde de la robustesse est le contraire du monde de la performance. Dans le monde de la performance, on se focalise sur la réponse, alors que dans le monde de la robustesse, on questionne les questions. Dans le monde de la performance, on a besoin de personnes très spécialisées, avec la robustesse, on a besoin de généralistes, de polyvalence. On diversifie les activités, parce que se concentrer sur une seule activité, c’est beaucoup trop risqué. Le monde de la performance est le monde du zéro stock, le monde de la robustesse est un monde où l’on favorise les stocks.
La biodiversité est un indicateur de robustesse : dans une entreprise, s’il y a peu de biodiversité sur le site, cela veut dire que les effluents sont lâchés à l’extérieur. Si on a suffisamment de biodiversité, l’entreprise pourra gérer elle-même et éviter ses pollutions locales. La robustesse invite à mettre en place des solutions contre-intuitives.
Quand un client met la pression sur l’entreprise pour des délais de livraison encore plus courts, cela pose des problèmes. La solution, c’est allonger les délais, pour réduire les tensions et produire de la robustesse. C’est un peu la méthode japonaise, où il n’est pas poli de livrer en retard. Du coup, on annonce une livraison plus tard et avec assez de marges pour qu’elle soit totalement fiable.