Nous ne dégageons pas encore de chiffre d’affaires mais notre développement a été fortement soutenu par les financements publics et privés au cours de ces dernières années. La difficulté de notre premier modèle dirigé vers les maladies émergentes est que nous sommes très exposés à l’incertitude des marchés publics dont les commandes sont très conjoncturelles et directement liées à l’actualité épidémiologique. Il est ainsi très difficile pour une société privée de porter les risques financiers et techniques pour répondre aux enjeux de santé publique incertains. Si l’on prend l’exemple d’Ebola, nous sommes allés assez loin dans le développement du produit à la demande de l’OMS et de la communauté internationale en 2014 et 2015, en pleine crise épidémiologique. Mais la demande de produit thérapeutique a disparu presque instantanément avec la décroissance de l’épidémie Ebola fin 2015. La difficulté est ainsi de réaliser des investissements en R&D très significatifs, en grande partie sur fonds privés, sans aucune garantie d’achat des produits que vous avez développés par la suite. Le financement de la R&D et l’achat des produits destinés à répondre à des enjeux de santé publique sont dissociés et répondent à des instances politiques différentes, ce qui peut paraître illogique pour un besoin de santé publique. A ce titre, le modèle américain, en particulier celui mis en place avec le BARDA, l’Autorité responsable de la recherche et développement avancés dans le domaine biomédical aux Etats-Unis, après les évènements, s’assure au contraire de la continuité entre le financement de la R&D et la garantie apportée à l’état de pouvoir disposer d’un stock de produits de précaution et de capacités industrielles suffisantes pour pouvoir réagir sans délais en cas de besoin. L’idéal au stade de notre entreprise serait que des contrats d’achat de produits prennent naturellement le relais des aides publiques dont nous avons pu bénéficier jusqu’alors pour nos travaux de R&D et sans lesquelles les produits n’auraient bien entendu pas pu être développés... Cela implique certes d’anticiper les épidémies, mais aussi de profiter des périodes d’accalmie entre deux crises épidémiologiques pour se préparer et développer les produits qui viendront constituer des stocks de précaution en cas de nouvelle menace, ce qu’on est capacité de faire.
C’est ainsi que, conscients de ces fragilités, nous avons orienté récemment notre stratégie sur des maladies récurrentes et non plus seulement émergentes, comme les antidotes qui vont cibler certaines toxines comme les intoxications médicamenteuses ou certaines toxines à risque d’usage bioterroriste. Nous recherchons en parallèle des industriels qui pourront en assurer le cofinancement et la commercialisation sur les marchés internationaux. Nous tendons ainsi à nous rapprocher en quelque sorte du modèle biotech à ceci près que nous continuerons d’assurer la production de nos produits qui seront commercialisés par des laboratoires pharmaceutiques. Notre objectif serait de pouvoir maintenir ces deux activités : la recherche sur les épidémies dans un contexte financier un peu moins incertain, et une activité sur des produits récurrents, comme les antidotes, pour assurer la pérennité financière de l’entreprise et son développement sur le long terme.