Changer de regard pour comprendre ce qui se joue : Nous ne vivons plus des aléas, nous vivons dans l’aléa.
À bien y regarder, le terme aléa appartient à un monde révolu : celui où les crises étaient rares, localisées, externes, et suffisamment espacées pour laisser aux institutions le temps de se réorganiser. Aujourd’hui, nous ne vivons plus des aléas : nous vivons dans l’aléa. Les sécheresses ne sont plus « exceptionnelles », les chocs sur les marchés agricoles ne sont plus circonstanciels, les tensions géopolitiques ne sont plus imprévisibles : elles sont devenues la structure de notre époque.
Ce basculement s’inscrit dans ce que l’on désigne désormais comme l’Anthropocène : une époque où les activités humaines déstabilisent les grands cycles planétaires, rendant les « retours à la normale » de plus en plus improbables.
Ce glissement sémantique est essentiel : l’aléa n’est plus ce qui échappe à nos systèmes — il est ce que ces systèmes produisent. La volatilité énergétique est entretenue par la dépendance aux importations énergétiques ; l’instabilité des marchés agricoles découle de leur centralisation extrême ; les crises assurantielles révèlent les limites d’un modèle conçu pour un monde supposé stable.
Contrairement à ce que laisse entendre un certain discours catastrophiste, il ne s’agit pas d’un simple « monde du risque » : c’est un monde où l’incertitude est devenue une condition politique, un milieu permanent de décision. On distingue classiquement le risque, que l’on peut probabiliser et assurer, de l’aléa, événement dont on n’attendait pas la survenue à ce moment‑là, et de l’incertitude, qui renvoie à ce que les modèles comme les acteurs ne parviennent pas à circonscrire à l’avance. C’est cette incertitude, plus que le risque calculable, qui devient aujourd’hui le milieu ordinaire de l’action publique.
Pour comprendre ce nouveau paysage, deux terrains se révèlent particulièrement éclairants : l’assurance et l’agriculture. Tous deux sont devenus des secteurs où l’on essaie non plus d’éviter l’instabilité, mais d’organiser la vie à l’intérieur d’elle. Et tous deux montrent les limites des réponses traditionnelles : stabiliser ce qui ne peut plus l’être, compenser sans transformer, assurer sans prévenir. Pour les collectivités, cette mutation ne relève pas d’un simple changement de vocabulaire : elle reconfigure très concrètement les marges de manœuvre en matière d’aménagement, de prévention et de soutien aux filières.
L’assurance : de la protection contre l’aléa à la protection de la continuité, ce que révèle le cas de Miami
L’assurance est l’un des premiers systèmes où ce basculement se donne à voir avec une telle clarté. Longtemps, elle a constitué un mécanisme de mutualisation des risques rares : un outil de solidarité face aux aléas climatiques, sanitaires ou économiques. Un tel modèle suppose toutefois que les crises restent exceptionnelles et circonscrites — ce qui n’est plus le cas.
Dans Miami in the Anthropocene, Stephanie Wakefield décrit très finement un moment de bascule : celui où une métropole n’essaie plus de prévenir les catastrophes, mais de fonctionner dans leur permanence. Pompes, digues, surélévation de routes, dispositifs assurantiels hybrides : l’infrastructure ne vise plus à ramener la stabilité. Il s’agit désormais de maintenir la continuité dans un environnement réputé durablement instable.
Dans ce « régime de résilience », comme le montre Wakefield, la question n’est plus : « Comment éviter la tempête ? », mais : « Comment continuer malgré elle ? ». L’assurance devient alors une technologie de continuité : elle ne protège pas les habitants de la montée du risque, elle protège les investissements, le foncier, la solvabilité, et la capacité de la ville à rester attractive dans un environnement volatil.
Ce qui se joue à Miami n’est pas anecdotique. En France, le régime des catastrophes naturelles (CatNat), dispositif d’indemnisation créé en 1982, arrive lui aussi sous tension : les assureurs évoquent l’apparition de zones « inassurables », les maires s’inquiètent des conséquences pour l’attractivité de leurs territoires et l’État est sommé de revoir les règles du jeu.
Les coûts climatiques mettent à rude épreuve les mécanismes actuariels : les événements extrêmes surviennent plus fréquemment et avec des intensités qui rendent plus incertain l’équilibre entre primes, indemnisations et soutien public. Ici aussi, la logique mute : on n’assure plus tant contre les aléas que pour éviter l’écroulement d’un système économique et territorial fondé sur l’hypothèse de stabilité.
Wakefield propose également — dans un autre registre, cette fois dans un entretien récent à Metropolis — une lecture plus large du moment où nous entrons. Marqué par l’épuisement des imaginaires et des visions liées à la résilience (comme aux visions proches de celle-ci), elle en appelle à une forme de « réensauvagement » de la pensée, semblable à un nouveau prométhéisme, à la hauteur des bouleversements actuels (tant climatiques que technologiques, etc.).
Par « réensauvagement » de la pensée, il ne s’agit pas de rêver un retour à une nature intacte, mais de sortir d’un imaginaire entièrement colonisé par la gestion des risques et la poursuite de la continuité (sous l’angle de l’adaptation ou du moins — décroissance, etc.). Là où le prométhéisme tardif consiste à mobiliser toujours plus de moyens techniques pour prolonger un monde déjà là, un « nouveau prométhéisme » consisterait à réorienter cette audace vers la capacité d’inventer d’autres formes de vie et d’organisation, à la hauteur des bouleversements climatiques et technologiques en cours.
Réensauvager la pensée, ce serait accepter que l’incertitude ne se laisse pas entièrement domestiquer, et faire de cette part d’indétermination non plus un défaut à corriger, mais une ressource pour rouvrir des possibles : des techniques moins zombies, des institutions moins verrouillées, des imaginaires urbains et agricoles qui ne soient pas seulement des variantes d’un même régime de résilience. Autrement dit, une énergie prométhéenne déplacée, non plus au service de la maîtrise illimitée, mais de la capacité à habiter autrement des milieux instables sans les détruire davantage.
Qu’est-ce qu’un risque majeur ? — Ministères Écologie Territoires
L’agriculture : poste avancé d’un monde d’aléas
L’agriculture est probablement le secteur où la montée des aléas se donne à voir avec le plus d’acuité. Non pas parce qu’elle serait mécaniquement plus exposée que d’autres. Simplement parce qu’elle combine, d’une manière particulièrement visible, les vulnérabilités écologiques, énergétiques, géopolitiques et logistiques qui structurent désormais notre époque. C’est un système qui dépend directement des cycles du vivant et qui a néanmoins été organisé comme une industrie lourde : centralisée, spécialisée, dépendante de ressources externes et de chaînes d’approvisionnement longues.
Les travaux du physicien José Halloy montrent à quel point cette centralisation a transformé la production alimentaire mondiale en un réseau où une minorité de pays structure l’alimentation de continents entiers. Il propose d’y voir l’expression d’un « régime alimentaire de l’Anthropocène » : des flux massifs de biomasse et de nutriments, sur de longues distances, reposant sur quelques nœuds géopolitiques, énergivores et dépendants d’intrants fossiles.
Dans l’entretien qui accompagne ce texte, il qualifie de « technologies zombies » ces architectures très centralisées, dépendantes de stocks d’énergie et de matériaux, peu réparables et fortement perturbatrices des cycles écologiques, par contraste avec des configurations plus diversifiées et régionales, qu’il appelle « technologies vivantes ». Cette configuration offre une efficacité apparente, elle se paie toutefois d’une fragilité systémique : un choc local — sécheresse, conflit, rupture logistique — suffit à provoquer des répercussions globales. L’aléa n’est plus extérieur au système agricole : il circule dans ses interconnexions mêmes, comme un signal amplifié.
Face à cette instabilité, la réponse dominante reste l’assurance, qu’elle soit privée ou publique. La réforme récente de l’assurance récolte en France, issue de la loi de 2022 et mise en œuvre à partir de 2023, s’ajoute aux mécanismes de compensation et aux dispositifs de soutien d’urgence. Tout cela contribue à maintenir une continuité productive mise sous haute tension. Cependant, cette logique de compensation, comme l’ont montré les travaux de Terra Nova et d’I4CE, tend à consolider les pratiques qui produisent la vulnérabilité. Elle stabilise des rendements fragilisés, au lieu de consolider les ressources — eau, sols, diversité variétale, infrastructures locales — qui les rendent possibles.
Certaines initiatives esquissent pourtant une autre manière d’aborder l’aléa. La Sécurité sociale de l’alimentation (SSA), par exemple, ne cherche pas à garantir les prix ou les volumes : elle sécurise l’accès, la qualité, les filières, donc la demande. Des expérimentations locales et une proposition de loi déposée en 2025 en explorent les conditions concrètes.
La SSA transforme le rapport au risque en plaçant la stabilité du côté des usages plutôt que des rendements. C’est une manière de rendre l’aléa gérable sans prolonger les causes qui l’alimentent. Là où l’assurance compense les pertes pour que le système reste le même, la SSA crée des conditions pour qu’il puisse évoluer sans s’effondrer.
L’agriculture apparaît ainsi comme un révélateur : elle montre que les instruments traditionnels — assurances, aides, dérogations — suffisent de moins en moins à protéger les systèmes dont nous dépendons, et qu’ils peuvent même amplifier leur fragilité. Elle montre surtout que la question n’est plus de savoir comment éviter les aléas, mais comment faire en sorte qu’ils ne se transforment pas immédiatement en crises structurelles.
La résilience : persister plutôt que bifurquer ?
Cette difficulté n’est pas propre à l’agriculture. Elle renvoie à une tendance plus générale des systèmes techniques et politiques : face à l’incertitude croissante, ils cherchent d’abord à se maintenir. Une manière de répondre à la crise en redoublant les moyens techniques pour prolonger un monde existant, plutôt qu’en questionner les fondements. Comme l’a montré le cas de Miami évoqué plus haut, la résilience peut alors consister moins à prévenir les événements extrêmes qu’à organiser la continuité de la vie dans leur permanence.
La résilience peut se transformer en une idéologie de la persistance : non pas faire autrement, mais maintenir l’existant. Wakefield rapproche cette situation de la thèse de la « fin de l’histoire » de Francis Fukuyama : la résilience installerait une « fin de l’histoire urbaine », où l’on ne se demande plus quelles villes nous voulons, mais seulement si elles seront plus ou moins résilientes, inclusives ou équitables. Cette stratégie n’est pas une utopie de maîtrise, mais une tentative d’assurer la survie d’un système qui ne peut plus prétendre maîtriser son environnement. Elle cherche avant tout à retarder la confrontation avec ses propres limites.
Chez Wakefield, on l’a dit, l’enjeu n’est pas seulement infrastructurel. Il est aussi imaginaire. Dans le même entretien, elle décrit la résilience comme un « imaginaire urbain » qui domestique l’imagination elle‑même : au lieu de servir à ouvrir des possibles, l’imagination devient une « infrastructure critique » de plus (en reprenant un propos du chercheur Julian Reid, chargée de produire des visions compatibles avec la gestion des risques et la continuité des systèmes. La ville résiliente se présente alors comme un horizon indépassable, une sorte de « dernier urbanisme », dont l’objectif est moins de faire advenir des formes de vie que de prolonger, dans le temps, un agencement déjà constitué.
Ce diagnostic trouve des échos dans certaines traditions critiques : l’URSS et le capitalisme, malgré leurs oppositions apparentes, ont partagé une même architecture industrielle et énergétique, centrée sur l’extraction, la croissance et l’accumulation. C’est cette infrastructure commune et ses verrouillages en profondeur (au-delà des régimes politiques en surface) qui rendent les systèmes contemporains si peu enclins à se transformer : ils disposent d’une inertie telle que chaque aléa devient une incitation à renforcer les dispositifs existants plutôt qu’à en interroger les fondements.
Comparer ces perspectives ne vise guère à produire une équivalence historique, plutôt à éclairer un mécanisme : les systèmes complexes ont tendance à prolonger leur logique interne, même lorsque cette logique les expose davantage aux aléas. L’alerte devient une invitation à compenser ; l’échec, une incitation à suréquiper ; la fragilité, un argument pour investir encore dans ce qui fragilise.
José Halloy décrit, du côté de l’agriculture et du commerce alimentaire, un empilement de « technologies zombies » : configurations techniques qui maximisent la performance à court terme au prix d’une dépendance croissante à des stocks d’énergie et de matériaux, et d’une dégradation de la « fitness » à long terme. Les deux diagnostics convergent : face aux aléas, nos systèmes techniques ont tendance à prolonger leur propre logique, quitte à rendre plus difficile toute bifurcation ultérieure.
C’est précisément cette spirale qui rend la question politique urgente : comment éviter que les aléas ne soient systématiquement traités comme des chocs à absorber, plutôt que comme des signaux à interpréter ? Et comment reconnaître, derrière les réponses techniques, une volonté implicite de persister — quand l’enjeu serait peut‑être de choisir ce qui peut continuer, et ce qui doit s’interrompre au profit d’autre chose ?
Résilience, adaptation et vulnérabilité aux changements globaux — Magali Reghezza-Zitt
Gouverner les aléas : un nouvel art d’arbitrer
Les aléas qui s’enchaînent — climatiques, économiques, logistiques — ne signifient pas un retour au hasard. Ils signalent l’installation durable d’un contexte où l’incertitude n’est plus un accident, mais bien un milieu. Dans un tel environnement, la question n’est plus tant de « maîtriser » que de comprendre comment les systèmes réagissent, et surtout de décider ce que nous acceptons encore de stabiliser.
Une première difficulté tient à l’existence de points de fragilité largement documentés, notamment dans l’agriculture : dépendance aux intrants azotés, tension sur l’eau, spécialisation extrême, logistique longue distance. Ces éléments créent une vulnérabilité structurelle qui transforme immédiatement un aléa en crise. Les collectivités n’ont évidemment pas la main sur l’ensemble de ces paramètres. En revanche, elles peuvent identifier là où se trouvent les véritables zones de tension, c’est‑à‑dire les endroits où l’action publique locale risque de se heurter à des dépendances qui dépassent son échelle.
Une seconde tension apparaît lorsque l’on observe les réponses institutionnelles. L’assurance, longtemps considérée comme un amortisseur de risque, devient dans certains cas un vecteur de stabilisation du système existant, parfois au prix d’un entretien involontaire des causes de l’aléa.
Plusieurs travaux — ceux de Terra Nova et d’I4CE — soulignent que, lorsque les dispositifs d’assurance et d’aides de crise prennent en charge de manière répétée les pertes sans conditionner le soutien aux changements de pratiques, ils ne réduisent pas la vulnérabilité structurelle des exploitations et peuvent contribuer à maintenir des systèmes agricoles fortement exposés aux aléas. Cette logique n’est pas propre à l’agriculture : elle traverse d’autres secteurs dès lors que la compensation devient la réponse réflexe à l’instabilité.
Ce constat mène à une interrogation plus politique : dans un monde d’aléas permanents, la question centrale n’est plus uniquement « Comment protéger ce qui existe », mais « Qu’est‑ce qui mérite d’être stabilisé » ? Deux nouveaux modèles émergent. Certaines initiatives, comme la Sécurité sociale de l’alimentation évoquée précédemment, montrent qu’il est possible d’accroître la robustesse du système en stabilisant la demande plutôt que les rendements. D’autres territoires expérimentent une réduction volontaire des dépendances matérielles. Aucune de ces démarches ne prétend « résoudre » l’aléa, elles montrent néanmoins qu’il existe des façons de le rendre gérable, sans renforcer les mécanismes qui l’amplifient.
En filigrane, une idée apparaît : gouverner les aléas revient moins à déployer des dispositifs techniques qu’à arbitrer explicitement entre ce que l’on souhaite préserver, ce que l’on peut transformer, et ce que l’on accepte de laisser décliner. Ces arbitrages sont aussi des choix de justice : qui protège‑t‑on en priorité, quelles pertes juge‑t‑on acceptables, pour qui, où, et au nom de quoi ? Tant que ces questions restent implicites ou guidées par les seules règles assurantielles, les politiques publiques risquent d’entretenir les vulnérabilités qu’elles tentent de contenir.
Dans un monde où l’aléa devient la règle, les collectivités ne perdent pas toute prise ; elles sont placées devant un autre type de responsabilité : celle de rendre visibles les choix qui orientent encore les trajectoires possibles. Cela renvoie directement à des compétences très concrètes : politiques foncières (limiter l’artificialisation en zones exposées), gestion de l’eau, restauration de sols vivants, politiques alimentaires territoriales, ou encore soutien à des dispositifs de type Sécurité sociale de l’alimentation.
De la même façon, en matière de mobilité et d’énergie, une collectivité peut choisir de réduire la dépendance à la voiture individuelle (relocalisation des services, transports du quotidien, aménagements cyclables, réseaux de chaleur) plutôt que de se contenter de compenser ponctuellement la hausse du coût des carburants.
Gouverner l’aléa ne consiste pas à l’effacer, mais à éviter qu’il ne devienne systématiquement une catastrophe structurelle, en rouvrant la question des finalités plutôt que celle des seules compensations — qui, de toute manière, ne pourront être versées, car les montants, une fois mis bout à bout, dépassent tout simplement l’entendement.
Anthropocène et management des organisations [Alexandre Monnin] — Xerfi Canal
Conclusion — Faire avec les aléas : déplacer la question plutôt que la résoudre
Les aléas ne forment plus une succession de chocs isolés : ils composent désormais l’arrière‑plan commun de l’action publique. Assurance, agriculture, infrastructures : chaque domaine révèle à sa manière que nous vivons dans un monde où l’incertitude n’est plus l’exception, mais la matière même du gouvernement.
Cette situation ne conduit ni au fatalisme ni à la quête d’une maîtrise totale. Elle invite plutôt à déplacer la question. Il ne s’agit plus seulement de protéger des systèmes mis à mal par des événements extérieurs, mais de comprendre quels choix collectifs transforment un aléa en crise et, inversement, quels arbitrages peuvent en réduire la portée.
Certaines voies de stabilisation existent — des expérimentations territoriales, des instruments redirigés, des formes émergentes de coopération. Aucune n’obvie à la nécessité d’un examen lucide : qu’entend‑on préserver, transformer ou laisser décroître dans un monde où tout ne peut plus être stabilisé en même temps ? Plus encore, ces arbitrages n’excluent pas des d’explorer des voies alternatives. Là où certaines approches de la résilience tendent à domestiquer l’imagination, jusqu’à faire de la ville un simple dispositif de survie, S. Wakefield invite à « réensauvager » l’urbanisme — à rouvrir l’espace d’expérimentation et de conflit autour des formes de vie que nous voulons encore rendre possibles.
C’est pourquoi l’agriculture apparaît comme un poste avancé, non seulement d’un monde d’aléas permanents, mais d’une bataille plus large sur le type de technologies que nous voulons continuer à déployer. Comme le souligne José Halloy dans l’entretien qui accompagne ce texte, le système agroalimentaire mondialisé est aujourd’hui largement « zombie » : très performant à court terme et fortement dépendant de stocks d’énergie et de matériaux et de configurations logistiques centralisées, donc vulnérable à des chocs répétés. À l’inverse, des « technologies vivantes » — plus diversifiées, plus sobres en puissance, plus ancrées dans les milieux — offrent une moindre performance immédiate et une meilleure capacité à durer dans un monde d’aléas.
On peut lire dans cette double invitation à la réflexion et à l’action une version de la question que posent les aléas : non pas seulement « Comment tenir ? », mais « Pour quoi, pour qui, et à quel prix voulons‑nous encore organiser la stabilité ? ».