Un problème majeur de nos sociétés est l’absence de métanoïa collective, véritable prise de conscience des enjeux environnementaux, à cause des nombreux biais cognitifs qui nous empêchent de changer notre regard. La métanoïa consiste en une prise de conscience qui fait comprendre l’urgente nécessité de changer ses comportements et le système. Aujourd’hui, peu de personnes, même parmi les personnes qui connaissent la réalité climatique, font cette métanoïa.
La psychologie sociale nous apprend que nous sommes régis par des systèmes d’idéaux et par l’envie d’agir pour ces idéaux. Ces idéaux sont une manière de voir le monde, des impératifs catégoriques pour lesquels on est prêt à se battre et à mourir. Ils varient d’une société à l’autre : le servage qui était normal dans une royauté devient impossible dans une démocratie, par exemple. De nos jours, c’est le capitalisme et le consumérisme qui dominent, et non pas l’écologie. Les grandes structures mentales changent, mais ce changement prend du temps. Or, le dérèglement climatique va beaucoup plus vite que ces changements idéologiques, ces changements de normes sociales qui conditionnent nos façons de penser et d’agir.
À ces phénomènes idéologiques s’ajoutent des biais cognitifs. L’humain est conçu pour faire face à ce qui le menace directement, grâce à la mécanique du stress. Dès qu’il y a un danger, elle va activer toujours les mêmes stratégies d’adaptation flight, fight, freeze. Quand quelqu’un est confronté à un danger qui le menace, soit il voudra l’éviter, soit l’affronter, soit faire comme s’il n’existait pas.
Actuellement, avec le contexte de backlash écologique, cette mécanique du stress agit de façon contre-productive. Parce que la majorité des gens voit l’écologie comme un danger dont il faudrait se méfier, en incitant à changer les modes de vie consumériste excessifs, elle semble menacer le confort des citoyens. La première stratégie d’adaptation, flight, désigne la fuite, qui va se traduire par le déni ou la minimisation de la crise environnementale. Le deuxième, fight, va se traduire plutôt par le dénigrement de la situation et la critique des écologistes, alors que la troisième, freeze, consiste plutôt à ignorer le problème.
Les gens n’aiment pas avoir peur ou qu’on leur fasse peur, comme actuellement avec la crise environnementale. Pourtant, la peur est nécessaire, elle est une alliée, elle nous indique qu’il y a un danger. Idéalement, il faut passer d’une peur qui immobilise à une peur qui nous mobilise, donc il faut valoriser la peur.
Un autre biais cognitif consiste à taper sur le messager quand on ne supporte pas le message. La majorité passive va dire aux écoanxieux « Ah, mais vous exagérez, on a encore le temps ». Il y a des mécanismes qui nous poussent individuellement à toujours trouver une bonne raison de ne rien faire, alors qu’on sait collectivement qu’il faut agir. Sans une norme ou une réglementation, les gens n’agissent pas spontanément en faveur de l’environnement. Ils ont toujours une bonne raison ou d’autres priorités qui les poussent à remettre à demain les efforts écologiques.