De plus en plus, en périphérie des grandes villes, des mécaniciens réparent chaque jour toutes sortes de véhicules sur les trottoirs, dans les parkings ou aux abords de friches industrielles.
Pour les habitants, ce sont simplement des « mécaniciens de rue ». Pourtant, dans les textes des arrêtés municipaux notamment, ils deviennent « clandestins », voire « sauvages », même s’ils s’avèrent pleinement intégrés à la vie de leurs quartiers, connus et reconnus de toutes et tous.
En phase avec les enjeux actuels de réparabilité, de circularité et même d’entraide, la mécanique de ces garages de la marge s’oppose en effet aux règlements, aux lois et même aux logiques du renouvellement urbain.
Pour mieux comprendre comment ces paradoxes s’articulent, Marie Morelle, professeure à l’Université Lumière Lyon 2, et Sebastien Jacquot, maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ont enquêté sur ces travailleurs d’en bas des tours.
Après 10 années d’études sur le terrain, ces deux géographes viennent de publier Mécaniciens de rue — Réparer et vivre, d’Abidjan au Grand Paris, aux Presses universitaires de Lyon.
Au-delà des clichés, cet ouvrage vient bousculer les représentations habituelles et nous invitent à changer de regard sur un phénomène où se croisent la plupart des problématiques de la vie des plus précaires, en France ou ailleurs.
Dans cet entretien, Marie Morelle et Sébastien Jacquot nous invitent ainsi à prendre la mesure de la complexité du sujet, jusqu’à, peut-être, tendre l’oreille aux enjeux humains dont il se fait l’écho.
Bonne lecture !