D’abord, il faut dire que tout le monde est touché par ces difficultés. On a aussi de grandes structures qui rencontrent des problèmes de trésorerie et de financement. C’est d’ailleurs plutôt nouveau. Mais de fait, les petites associations disposent de moins de trésorerie, de moins de relais auprès des collectivités ou des fondations pour les aider, de moins de ressources humaines à mobiliser pour aller chercher des financements complémentaires. Elles sont donc plus vulnérables.
Le risque que seules les grosses structures survivent est réel. Je ne pense pas que ce soit la volonté de l’État, mais c’est une conséquence possible. Mais auront-elles la capacité d’absorber le travail social des plus petites ?
En revanche, je ne partage pas l’idée que cette recomposition conduirait mécaniquement à une standardisation de l’action sociale par perte d’ancrage territorial. Il y a des associations nationales très ancrées localement. Il ne faut pas opposer local et national : ce n’est pas parce qu’une structure appartient à un grand réseau qu’elle n’est pas implantée depuis longtemps dans son territoire.
Pour moi, le vrai risque de standardisation vient d’ailleurs : du pilotage par l’État en fonction d’indicateurs de performance. Aujourd’hui, sur la politique de l’asile par exemple, on regarde qui occupe les places et on cherche à expulser les déboutés le plus vite possible. Sur la politique de l’emploi, on ne regarde que les sorties positives vers l’emploi, pas les leviers actionnés en matière de santé, de logement, de garde d’enfants. Sur l’hébergement, on se focalise sur l’accès au logement, sans voir tout ce qui se fait autour.
Nous ne sommes pas contre les indicateurs d’activité en tant que tels : c’est de l’argent public, et c’est parfaitement normal que ce soit piloté. Le problème, c’est que l’évaluation se limite à ces indicateurs de performance et invisibilise tout le reste : la relation aux personnes, les freins levés, le travail social au quotidien. C’est cela qui pousse vers un travail social prescrit plutôt qu’un travail social qui se réinvente. Et ce phénomène touche tous les secteurs de l’action sociale et toutes les structures, petites comme grandes.