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Emmanuel Bougras, responsable de la Fédération des Acteurs de la Solidarité : « Un quart des associations de solidarité sont en voie de disparition »

Interview de Emmanuel Bougras

Responsable du service Stratégie et Analyse des Politiques publiques à la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS)

Responsable du service Stratégie et Analyse des Politiques publiques à la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS), Emmanuel Bougras observe de longue date les mutations du secteur associatif dans le champ des solidarités.

La FAS, fédération généraliste de lutte contre la pauvreté, regroupe 900 adhérents dans toutes les dimensions de l’action sociale. Son réseau accompagne un peu plus d’un million de personnes sur l’ensemble du territoire, y compris dans les outre-mer.

En septembre 2025, la FAS a publié une étude qui documente l’ampleur d’une crise désormais structurelle : un quart des associations du secteur seraient menacées de disparition à court terme.

Financement annuel fragilisant, retards de versement, effet ciseau entre charges croissantes et budgets stagnants, pilotage par la performance au détriment du travail social… Les constats sont sévères.

Dans cet entretien, Emmanuel Bougras détaille les mécanismes de cette crise, ses conséquences concrètes pour les personnes accompagnées et interroge la capacité des pouvoirs publics — État comme collectivités — à préserver un partenariat aujourd’hui profondément dégradé.

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Date : 28/04/2026

Vous avez publié en septembre 2025 une étude alarmante sur la situation financière des associations du domaine des solidarités. Qu’est-ce qui, dans vos données, montre qu’on a changé d’échelle dans la crise du secteur, ou atteint un point de bascule ?

Ce sont les alertes remontées par nos adhérents avant même la publication de l’enquête, notamment sur les niveaux de trésorerie. On voit que de nombreuses associations sont déjà en très grandes difficultés, avec des conséquences déjà très concrètes sur leurs capacités d’accompagnement. Certaines sont déjà engagées dans des plans de redressement ou de licenciement.

C’est précisément pour documenter ce repli que nous avons mené cette enquête : interroger notre réseau sur les enjeux de financement, de trésorerie et de relations avec les pouvoirs publics, afin de disposer d’un élément de plaidoyer solide en amont du projet de loi de finances 2026. L’objectif était de tirer la sonnette d’alarme, en lien avec la mobilisation « Ça ne tient plus » organisée par le Mouvement associatif début octobre 2025.

De manière générale, le secteur associatif va mal, et de plus en plus mal. Le secteur des solidarités, en particulier, a toujours fait face aux crises (récemment la crise Covid, la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, etc.) et a toujours répondu présent quand l’État le sollicitait. Mais aujourd’hui, nous ne savons pas combien de temps encore nous serons en mesure de le faire. Nous avons des problèmes structurels de financement pour lesquels nous ne voyons pas, à ce jour, de réponse satisfaisante ni structurelle de la part de l’État.

Nous sommes très inquiets pour les structures et pour les salariés, mais surtout pour les personnes en situation de précarité

Quel chiffre, parmi ceux de votre étude, symbolise le mieux cette situation ?

C’est le sous-titre même de notre enquête : un quart des associations de solidarité sont en voie de disparition. Le mode de calcul repose sur le croisement de plusieurs indicateurs. D’abord, les niveaux de trésorerie : en juin 2024, la situation était déjà très inquiétante pour certaines associations ; en décembre 2024, plusieurs d’entre elles disposaient de moins de deux mois de trésorerie, alors qu’il en faudrait au minimum trois ou quatre d’avance.

Nous avons croisé ces données avec les délais de financement et les capacités d’autofinancement. Tout cela nous a permis d’extrapoler une menace existentielle pour un quart des associations du secteur, et une alerte massive pour un tiers d’entre elles. Et un tiers, ce n’est pas rien : si ces associations disparaissent, ce sont autant de personnes qui ne seront plus accompagnées, plus hébergées, plus insérées dans l’emploi.

La question que nous posons, c’est celle des conséquences pour les personnes. Nous sommes évidemment très inquiets pour les structures et pour les salariés, mais aussi et surtout pour les personnes en situation de précarité. Si le secteur associatif n’est plus là pour les accompagner, personne ne prendra le relais.

Les associations ont de plus en plus de mal à obtenir des prêts ou des facilités bancaires

En quoi cette instabilité financière est-elle devenue un problème structurel de gouvernance publique ?

L’État s’est habitué à financer les associations par subvention annuelle. Et tant qu’on n’aura pas passé le cap de la pluriannualité — et donc de la sécurisation des acteurs — ce problème perdurera. D’autant que, depuis quelques années, les difficultés à adopter le budget en temps et en heure aggravent considérablement la situation. En 2025, les adhérents financés uniquement par subvention n’ont reçu leurs crédits qu’en juin. Entre janvier et juin, ils ont dû continuer leur activité en avançant la trésorerie… quand ils en avaient la capacité.

Au-delà des retards, il y a aussi des pertes sèches. Dans l’insertion par l’activité économique, les financements baissent depuis deux ans. Du côté de l’asile, l’État a fermé des places d’hébergement pour les demandeurs d’asile par souci d’économies budgétaires. Et dans l’hébergement plus largement, même lorsque l’enveloppe globale ne diminue pas, les financements stagnent ou reculent légèrement pendant que les charges, elles, augmentent. Il y a l’inflation, le prix de l’énergie, le prix de l’essence… Une travailleuse sociale qui effectue des visites à domicile auprès de vingt-cinq ménages a besoin de carburant, et ce surcoût n’est pas compensé. À euros constants, on est sur un effet ciseau très net entre des financements plafonnés et des charges en hausse.

Notre étude montre aussi que les associations ont de plus en plus de mal à obtenir des prêts ou des facilités bancaires. Les banques considèrent que le secteur est de moins en moins solvable et que les seules conventions renouvelées avec l’État ne suffisent plus comme garantie. Quand les financements arrivent en retard et que les banques ne prêtent plus, on entre dans un goulet d’étranglement : certaines associations se posent la question du maintien de leur activité. Soit elles réduisent la voilure — moins de places, moins de jours d’ouverture —, soit elles cessent.

 

Le risque, est que les associations s’orientent vers les personnes considérées comme moins « problématiques »

Concrètement, quand une association entre en tension financière, qu’est-ce qui se dégrade en premier dans l’accompagnement des personnes ?

En général, deux postes sont dégradés en priorité. Le premier, c’est l’accompagnement social lui-même : des postes ne sont pas remplacés, on recrute des personnes moins qualifiées ou moins expérimentées pour alléger la masse salariale, dans un secteur où les niveaux de salaires sont déjà excessivement faibles. Alors la file active s’allonge : chaque travailleur social se retrouve avec davantage de personnes à suivre, et cela a un impact direct sur la qualité de l’accompagnement.

Le second poste touché, c’est l’alimentation, par exemple dans les centres d’hébergement. On réduit la qualité des repas, les quantités, ou bien on cesse de proposer une prestation alimentaire pour orienter les personnes vers l’aide alimentaire. C’est une forme de report sur d’autres politiques publiques. Sur le reste — immobilier, loyers, fluides — les associations sont contraintes et n’ont pas de marge. Quand il n’y a vraiment plus de marge de manœuvre, certains accueils de jour nous disent qu’ils passent d’une ouverture du lundi au samedi à une ouverture du lundi au jeudi, par exemple.

Il y a aussi un autre risque, plus difficile à documenter : celui de la priorisation des publics. Le risque, sous très forte contrainte, est que les associations s’orientent vers les personnes considérées comme moins « problématiques » — moins de troubles de santé mentale, moins d’addictions, plus facilement insérables, etc. C’est un tabou : ces situations ne sont jamais évoquées ouvertement. Mais on se doute que c’est plus qu’un risque : c’est malheureusement déjà une réalité. Et cela pose évidemment des questions d’éthique professionnelle majeures.

Nous ne savons pas combien de temps nous pourrons tenir

Mesure-t-on suffisamment ce que coûterait, pour les territoires, l’affaiblissement durable du tissu associatif ? Qu’est-ce que les associations apportent d’unique à l’action sociale ?

C’est une question centrale. Nous estimons que l’on ne mesure pas assez l’impact social des associations. Historiquement, le secteur n’a pas été très bon pour donner à voir ce qu’il faisait et l’impact de ses actions, considérant que la mission se suffisait à elle-même. Le contexte a changé : il faut désormais entrer dans une logique de mesure d’impact et objectiver les coûts évités pour la société. Nous en sommes un peu au milieu du chemin, au début.

Ce qui est certain, c’est que si un tiers des associations disparaissent, les personnes accompagnées se retrouveront soit à la rue, soit sans solution d’insertion, et tout cela se reportera directement sur les collectivités territoriales et les services sociaux de droit commun. C’est pour cela que je trouve essentiel que la Métropole s’en saisisse. Il y a des alliances à construire, parce que tout cela est intimement lié. Mais nous ne savons pas combien de temps nous pourrons tenir, ni mesurer l’impact réel pour les finances publiques, y compris celles des collectivités, qui ne sont pas non plus au beau fixe.

Dans les territoires ruraux, la réponse est de moins en moins à la hauteur des besoins

Peut-on déjà parler de « déserts sociaux » dans certains territoires ?

Je ne sais pas si l’on peut aujourd’hui parler de déserts sociaux comme on parle de déserts médicaux. En revanche, dans les territoires plus ruraux, nous avons de fortes interrogations sur le maintien du tissu associatif et sur la capacité des services publics à y répondre. On observe une orientation nette des services de l’État et du gouvernement à centraliser les réponses au niveau des métropoles et des grandes agglomérations. Et dans les territoires ruraux, la réponse est de moins en moins à la hauteur des besoins.

C’est un enjeu majeur, et on ne voit pas de plan ruralité qui viendrait compenser ces manques. Les besoins y sont peut-être moins visibles, mais ils existent, et ils appellent des réponses différentes de celles que l’on apporte dans un territoire dense.

Le vrai risque de standardisation vient du pilotage par l’État en fonction d’indicateurs de performance

L’étude souligne que les petites structures sont encore plus menacées. Assiste-t-on, à bas bruit, à une recomposition du secteur, avec le risque que seules les grosses structures capables d’absorber les chocs survivent ? Et quel risque de standardisation de l’action sociale cela fait-il peser ?

D’abord, il faut dire que tout le monde est touché par ces difficultés. On a aussi de grandes structures qui rencontrent des problèmes de trésorerie et de financement. C’est d’ailleurs plutôt nouveau. Mais de fait, les petites associations disposent de moins de trésorerie, de moins de relais auprès des collectivités ou des fondations pour les aider, de moins de ressources humaines à mobiliser pour aller chercher des financements complémentaires. Elles sont donc plus vulnérables.

Le risque que seules les grosses structures survivent est réel. Je ne pense pas que ce soit la volonté de l’État, mais c’est une conséquence possible. Mais auront-elles la capacité d’absorber le travail social des plus petites ?

En revanche, je ne partage pas l’idée que cette recomposition conduirait mécaniquement à une standardisation de l’action sociale par perte d’ancrage territorial. Il y a des associations nationales très ancrées localement. Il ne faut pas opposer local et national : ce n’est pas parce qu’une structure appartient à un grand réseau qu’elle n’est pas implantée depuis longtemps dans son territoire.

Pour moi, le vrai risque de standardisation vient d’ailleurs : du pilotage par l’État en fonction d’indicateurs de performance. Aujourd’hui, sur la politique de l’asile par exemple, on regarde qui occupe les places et on cherche à expulser les déboutés le plus vite possible. Sur la politique de l’emploi, on ne regarde que les sorties positives vers l’emploi, pas les leviers actionnés en matière de santé, de logement, de garde d’enfants. Sur l’hébergement, on se focalise sur l’accès au logement, sans voir tout ce qui se fait autour.

Nous ne sommes pas contre les indicateurs d’activité en tant que tels : c’est de l’argent public, et c’est parfaitement normal que ce soit piloté. Le problème, c’est que l’évaluation se limite à ces indicateurs de performance et invisibilise tout le reste : la relation aux personnes, les freins levés, le travail social au quotidien. C’est cela qui pousse vers un travail social prescrit plutôt qu’un travail social qui se réinvente. Et ce phénomène touche tous les secteurs de l’action sociale et toutes les structures, petites comme grandes.

 

Les sujets de solidarité sont assez malmenés dans le débat public

Y a-t-il quelque chose de dysfonctionnel dans la relation partenariale entre les acteurs associatifs et les collectivités, spécifiquement ?

Avec les collectivités, cela dépend beaucoup des territoires. Mais on sent que cela se tend : les collectivités ont de moins en moins de moyens et tendent à se recentrer sur leurs compétences propres, au détriment d’actions complémentaires qu’elles pouvaient mener auparavant, et notamment par le biais du secteur associatif. Ces initiatives volontaristes peuvent surgir par choix politique, mais aussi parfois pour compenser l’absence de l’État. Alors quand les collectivités y renoncent, il n’y a plus personne. Ce sont des actions en moins, des personnes accompagnées en moins.

Plus globalement, les sujets de solidarité sont assez malmenés dans le débat public. Les personnes précaires sont parfois stigmatisées, et les associations qui les accompagnent également. On constate par exemple de plus en plus de difficultés à développer des centres d’hébergement ou des pensions de famille, en raison de permis de construire refusés par les communes — soit parce que les maires n’en veulent pas, soit parce que les habitants s’y opposent. C’est un phénomène très net et de plus en plus récurrent, un peu comparable à ce que l’on observe pour le logement social.

Les représentations changent une fois qu’on entre dans les lieux

Existe-t-il des stratégies pour désamorcer ces oppositions locales ?

Je vois deux approches. La première repose sur la réputation des acteurs. Quand une association est implantée depuis longtemps dans un territoire, il y a une connaissance mutuelle, une confiance construite avec les élus et les habitants. Ce capital relationnel joue encore : on sait que telle association fait bien son travail, et le dialogue reste possible.

La seconde stratégie, c’est l’ouverture : organiser des portes ouvertes à destination des élus et du voisinage pour faire connaître ce qui se passe concrètement dans un centre d’hébergement, une pension de famille ou une structure d’insertion. En général, cela fonctionne bien, parce que les représentations changent une fois qu’on entre dans les lieux : on découvre des parcours de vie, du travail social, de la présence, et cela rassure. C’est d’ailleurs pour cela que nous organisons, avec l’État et d’autres têtes de réseau, la Semaine nationale des pensions de famille, où entre cent et deux cents pensions de famille ouvrent leurs portes. L’enjeu est de se démarquer des a priori sur les dispositifs qui accompagnent des personnes en situation de précarité.

En matière de co-construction, les associations peuvent apporter leur pierre à l’édifice

Que peuvent attendre concrètement les associations d’une collectivité comme une Métropole ou un Département, chefs de file de l’action sociale ?

Deux choses, essentiellement. D’abord, sur le plan financier, des financements pluriannuels et non plus seulement annuels. Cela apporte de la visibilité et de la sécurisation — pour les associations, mais aussi pour les collectivités elles-mêmes. Cela permet aussi de réduire la charge bureaucratique : une subvention annuelle, c’est un dossier de demande et un bilan chaque année. Tout ce temps passé sur l’administratif est du temps en moins pour accompagner les personnes.

Ensuite, et c’est peut-être le point le plus important : la co-construction des politiques publiques. Aujourd’hui, les associations sont de moins en moins associées aux stratégies et à l’élaboration des politiques sociales, alors qu’elles sont financées pour les mettre en œuvre et qu’elles disposent d’une expertise de terrain irremplaçable. L’enjeu, c’est que cette expertise soit mise à contribution : être sollicités pour co-construire des plans sur le logement, l’hébergement, l’emploi, la dépendance, etc. Être vus comme des partenaires, et non pas comme des opérateurs ni comme de simples exécutants.

Chacun a sa place, mais en matière de co-construction, les associations peuvent apporter leur pierre à l’édifice des métropoles et des départements. Et au-delà des associations, il y a aussi la parole des personnes concernées, les personnes en situation de précarité elles-mêmes, qui devraient avoir voix au chapitre dans les politiques publiques qui les concernent.

On voit aussi apparaître de nouveaux acteurs dans le champ de l’action sociale : acteurs privés lucratifs, associations confessionnelles, associations communautaires. Que pensez-vous de cette reconfiguration et à quel point pensez-vous qu’elle représente une menace pour les valeurs des services publics de solidarité ?

Je ne suis pas sûr qu’on puisse parler de reconfiguration pour tous ces acteurs. Les associations confessionnelles, par exemple, sont historiques. Les associations fondatrices du secteur, il y a 70 à 100 ans, venaient de la charité et de mouvances souvent catholiques. Au sein de la FAS, on compte par exemple le Secours catholique, le Secours islamique, la Fondation de l’Armée du Salut. Cet héritage est constitutif de l’action sociale française, bien avant qu’elle ne devienne une politique publique.

Sur l’aspect communautaire, on voit émerger des structures dédiées, par exemple pour les personnes LGBTQI+. C’est plus récent, et cela répond à des besoins spécifiques que des associations plus généralistes n’avaient pas nécessairement en tête — des besoins de mise en sécurité, d’échanges entre pairs. Nous voyons plutôt cela d’un bon œil.

En revanche, sur l’arrivée du secteur privé lucratif, nous sommes vigilants. Il arrive à bas bruit dans notre secteur, même si c’est déjà très documenté dans la dépendance ou la petite enfance. Il s’étend à d’autres domaines du secteur social, notamment dans la formation, et notamment par le biais des marchés publics. L’État doit faire attention à la manière dont il pilote la mise en œuvre de ces marchés, parce que cette ouverture à la concurrence pourrait poser des questions éthiques — sur la nature de l’accompagnement social, sur le rapport aux personnes en situation de précarité — que le secteur associatif porte historiquement avec des exigences différentes de celles d’acteurs lucratifs.

 

Quels sont les autres enjeux émergents que vous observez pour le secteur ?

Il y en a trois qui nous semblent particulièrement forts. Le premier concerne les jeunes. On voit une montée de la précarité chez les jeunes, et en face, pas de réponse structurelle. On peut d’ailleurs saluer ce que fait la Métropole de Lyon avec le Revenu de Solidarité Jeunes, qui mériterait d’être dupliqué ailleurs. Mais au-delà du revenu, il y a des enjeux de santé, de santé mentale, d’accès à l’emploi et au logement qui sont massifs.

Le deuxième enjeu concerne les femmes : montée de la précarité, besoins spécifiques en matière de santé et de sécurité, et des dispositifs d’hébergement qui n’ont pas été pensés à l’origine pour accueillir des femmes. Il est important de penser la mixité de ces lieux, afin qu’elles puissent être hébergées, accompagnées et en sécurité.

Le troisième, c’est la santé mentale, qui est un enjeu majeur depuis le Covid. La santé mentale était censée être la grande cause nationale en 2025, mais on n’a pas vu grand-chose. C’est un enjeu crucial pour les personnes en situation de précarité, mais aussi pour les salariés du secteur associatif eux-mêmes. On est extrêmement démunis sur le terrain face à cela.

Les volontés sont là, les idées sont là. Les pouvoirs publics doivent prendre leur part

Malgré ce tableau très sombre, avez-vous des motifs d’espoir ?

Malgré ce contexte, je suis frappé par la vitalité du réseau. Il y a une vraie volonté de se mobiliser, de réagir, de créer, d’innover. Et franchement, chapeau. Les associations vont chercher des solutions, développent des financements alternatifs, construisent des coopérations interassociatives pour répondre à des projets ou des enjeux nouveaux. Cette volonté de répondre aux besoins des personnes, coûte que coûte, est remarquable.

Je ne sais pas combien de temps cela pourra durer. Mais les volontés sont là, les idées sont là. Les pouvoirs publics doivent prendre leur part : encourager l’innovation sociale, soutenir l’expérimentation, arrêter de siphonner les bonnes initiatives. C’est de cela dont le secteur a besoin.