J’ai eu la chance de me rendre à Sagami en février 2020, juste avant la Covid. C’est une zone expérimentale unique au monde, située dans la préfecture de Kanagawa, à environ une heure de Tokyo, qui couvre une douzaine de municipalités. Le robot Atom a été choisi comme emblème du programme — précisément parce que les Japonais adorent ce personnage. C’est un détail qui n’en est pas un : le symbole choisi pour porter une politique publique dit quelque chose de la culture dans laquelle elle s’inscrit.
Ce qui rend Sagami unique, c’est son statut de zone à dérogation réglementaire nationale. Pour rendre l’expérimentation possible à grande échelle, cette zone s’est vue accorder la possibilité de ne pas appliquer certaines normes nationales : exonérations fiscales pour les entreprises, régimes allégés sur les données personnelles, assouplissements dans la création de structures.
C’est une pépinière d’entreprises de la technologie, avec des ingénieurs venus du monde entier — dont des Français — pour développer leurs projets dans un environnement favorable. Les personnes âgées y sont pleinement actrices de leur vieillissement et cette ville fonctionne en Smart City ou ville intelligente, centrée autour de services aux habitants, dans un souci de maintien de la qualité de vie.
Cela permet notamment un suivi quotidien des personnes âgées via les téléphones, la robotique de soin, la domotique au domicile (capteurs dans les appartements, logements intelligents), les EHPAD sont connectés, des bus autonomes sont déployés et permettent de transporter les personnes âgées, etc.
Le réseau vise une cohérence d’ensemble, c’est un continuum de la mobilité jusqu’aux soins, en passant par l’alimentation et le lien social. Cela donne à voir ce que peut être une Smart City orientée vers le vieillissement.
Pourquoi pas à Lyon ? La Métropole dispose d’un statut juridique qui rend l’audace possible, d’un tissu urbain et périurbain comparable à celui de la zone de Kanagawa, et d’une ambition réelle sur les sujets de ville intelligente — la Confluence en est une illustration. Ce qui manque, et c’est tout l’enjeu, c’est la volonté politique de faire converger ces initiatives autour d’une politique intégrée du vieillissement.