Il y a une bonne dose de sophisme dans cet argument. Comme si, par nature, les énergies renouvelables ne pouvaient pas remplacer les énergies fossiles. Reconnaissons tout d’abord que, sans les renouvelables, nous serions en train de consommer beaucoup plus de fossiles. Mais surtout, ceux qui avancent cet argument manquent un élément clé de la transition.
On rappelle souvent que les combustibles fossiles représentent encore environ 80 % de la production primaire d’énergie mondiale, c’est-à-dire la quantité d’énergie extraite ou captée directement à partir de sources naturelles (pétrole, gaz naturel, charbon, hydroélectricité, nucléaire, éolien, solaire, biomasse, etc.) avant transformation et distribution.
Mais en réalité, environ les 2/3 des combustibles fossiles ne sont pas transformés en énergie utile et se dissipent en chaleur non valorisée ! Pourquoi ? En raison du faible rendement énergétique de la combustion fossile que j’ai mentionné précédemment.
Outre l’aspect climatique, un autre inconvénient structurel du système énergétique fossile réside dans les pertes d’énergie considérables que l’on observe dans la chaîne conversion entre énergies primaires, énergie finale et énergie utile. Donc, lorsque l’on parle de sortie des fossiles vers les renouvelables, l’enjeu n’est pas de remplacer l’ensemble de la production primaire d’énergie fossile, mais seulement un tiers. Il est regrettable que les sceptiques habituels de la transition énergétique, Vaclav Smil, Jean-Baptiste Fressoz ou Thimothée Parrique, passent à côté de ce constat, car cela change largement la donne.
Lorsque j’évoque ce point avec Jean-Marc Jancovici, il répond que, comme les renouvelables sont intermittents, il faut convertir l’électricité produite en hydrogène pour pallier les moments où la production est insuffisante, et donc on fait chuter l’efficacité énergétique.
Mais il s’agit là aussi d’une analyse un peu hâtive. Non seulement les besoins de stockage pour assurer l’équilibre offre-demande en temps réel devraient se limiter à deux semaines par an, et il existe d’autres moyens de stockage plus efficace que l’hydrogène, tels que les stations de pompage et les batteries stationnaires.
Dernier point, la bascule énergétique est en train de se réaliser sous nos yeux. Une étude réalisée par Ember montre qu’en 2025, pour la première fois, la forte croissance de la consommation d’électricité mondiale a été intégralement absorbée par les renouvelables, et singulièrement par l’explosion de la production photovoltaïque. Il y a 20 ans, il fallait un an pour installer 1000 MWh de PV, aujourd’hui c’est ce que l’on installe tous les jours et bientôt ce sera 2000 MWh.
Autre étape importante en 2025, pour la première fois, la production d’électricité issue des énergies renouvelables (solaire éolien, hydroélectricité, etc.) a dépassé celle issue du charbon. La substitution des fossiles par les renouvelables va s’accélérer avec la pénétration des véhicules électriques dans le transport et des pompes à chaleur dans les bâtiments.